Californie, le Fairmont Hotel de San Francisco

26 Mardi 2008
Par Marie-Ange

J’arrivais à San Francisco par une froide après-midi d’avril, engourdie par 10h30 de vol et près de 9 000 km, et le chauffeur de taxi d’origine coréenne avait eu le bon goût de ne pas me poser trop de questions quand j’avais indiqué le nom de mon hôtel. Avez-vous remarqué à quel point un homme susceptible de connaître la ville mieux que quiconque sait vous infantiliser lorsque vous bafouillez en réponse à ses questions sur le chemin que vous souhaitez emprunter ou si l’adresse que vous venez de lui indiquer se situe plutôt dans le bas ou dans le haut du quartier requis ?…

J’aime les chauffeurs qui savent vous accueillir avec un « bonjour » courtois, qui savent soulever vos bagages pour vous éviter de vous briser les reins en descendant d’un vol longue durée, et qui ne se perdent pas en longs discours quand ils aperçoivent votre teint pâle et vos yeux cernés. En sortant d’avion, on n’a pas forcément envie de faire semblant de connaître son point de destination et quand on s’en remet aux bons soins d’un chauffeur de taxi on lui sait gré de faire son travail sans vous demander une aide que vous êtes bien souvent incapable de lui apporter !

Mais quand ce chauffeur-là me déposa quelques vingt-cinq minutes plus tard devant l’imposante bâtisse de pierre blanche fin de siècle, je fus prise d’un doute… Nous n’étions pas dans le quartier d’affaires qui aurait du abriter le séminaire d’entreprise auquel je venais assister mais sur Nob Hill, l’un des secteurs les plus résidentiels et les plus prospères de San Francisco. Et déjà un portier stylé ouvrait la porte de la voiture, tendait une main secourable à la Française qui extirpait ses membres ankylosés de la confortable banquette arrière, et des grooms se précipitaient vers le coffre du véhicule, prêts à prendre en charge les nombreuses valises griffées qui auraient du en jaillir. Quelle ne fut pas leur déception en apercevant un seul sac de voyage, d’un volume en accord avec un séjour de quatre nuits. Je réprimais un léger sourire…

Gravissant alors les quelques marches j’entrais enfin dans le hall de réception qui me fit songer immédiatement à nos châteaux de la Loire : bois cirés, lourdes tapisseries, et dorures en abondance. Quelques fauteuils bas semblaient attendre d’augustes fessiers qui ne viendraient jamais : faites l’expérience, s’asseoir à quelques centimètres du sol tout en conservant une position décente quand on se promène en jupe et talons hauts relève du défi. A moins de jouer les Sharon Stone dans l’une de ses scènes les plus célèbres ! Je n’ai pas cette vocation. Et visiblement je ne suis pas la seule.

Les formalités d’enregistrement furent dûment expédiées par un personnel souriant mais conscient du manque d’intérêt que représentait ma petite personne. Mon sourire ne suffit pas à faire oublier mes bijoux discrets et mon tailleur pantalon qui n’était pas signé Yves Saint-Laurent. Et de fait, tandis que je souriais à un couple sur ma droite qui recevait plus d’attentions et davantage de courbettes, on m’indiqua l’ascenseur et l’étage de ma chambre sans aller jusqu’à m’y accompagner. Contrairement à ces Américains qui eurent droit à une escorte digne de ce nom…

Heureusement pour moi le Fairmont est un hôtel de structure simple, un périmètre au carré, de longs couloirs, des portes contiguës. Je trouvais ma chambre sans difficulté et entrait enfin dans les lieux qui m’étaient dévolus pour ce séjour. Je découvrais alors un espace de taille plus réduite que ne m’avait laissé entrevoir l’immense réception et ses salons adjacents. Je devinais aisément qu’il s’agissait d’une chambre de catégorie standard et m’affalais sans remord ni élégance sur le lit majestueux (mais pas king size !) qui envahissait presque tout l’espace. Pendant l’enregistrement mon sac de voyage avait été déposé sur le porte-bagages, les rideaux avaient été tirés et une lampe avait été allumée en veilleuse.

Tentures or et pourpres, abat-jour de soie vert mousse, épaisse moquette aux armes du Fairmont, si la décoration n’était pas à mon goût, il n’en résultait pas moins une impression de confort et de moelleux telle que je faillis m’endormir sur le champ !…

C’est installée dans la vaste baignoire d’émail blanc que je pris connaissance de la vénérable histoire du Fairmont, racontée à l’américaine, selon les règles désormais bien établies du story telling chères aux marketeurs de ce monde : le Fairmont avait été bâti par Tessie et Virginia Fair et inauguré en 1907 après un retard d’un an du au tristement célèbre tremblement de terre qui failli raser la ville toute entière en déclenchant des incendies qui durèrent plusieurs jours. Je me fis la réflexion que bien peu de touristes argentés devaient alors avoir envie de visiter la ville sinistrée…

Deux heures plus tard, un léger maquillage dissimulant les premiers ravages du décalage horaire, j’arpentais les moquettes épaisses de cet antre de l’opulence de style grand siècle, et rencontrais quelques-uns de mes collègues. Un conseil : si vous devez errer pendant des heures dans des pièces moquettées, évitez les talons aiguilles, c’est comme marcher avec des escarpins sur un matelas d’eau, et j’exagère à peine…

Le dîner d’inauguration fut à la hauteur de l’établissement, et conforme à un service pour 300 personnes en même temps : convenu et convenable. Mais chacun sait qu’il ne faut pas juger de la qualité d’un dîner sur une prestation dédiée à un séminaire.

Lorsqu’une heure honorable me permit enfin de saluer mes comparses, je me précipitais vers le refuge de ma chambre. Comme dans tout établissement de luxe qui se respecte, la femme de chambre était passée avant moi, avait rangé ma veste sur un cintre dans l’armoire, replié le couvre-lit, ouvert les draps (du mauvais côté du lit, mais elle ne pouvait pas le deviner), et déposé un chocolat enrobé de papier métallisé sur l’oreiller de plume…

J’ai mis le chocolat de côté et n’ai fait qu’une pirouette entre la salle de bains de marbre et les draps de percale blanche. Au petit matin je ne me souvenais plus que d’une seule chose : j’avais dormi comme un bébé… Et pour fêter mon retour dans la ville aux mille collines, je courais dehors dès l’aube pour redécouvrir les rues de San Francisco avant le début de ce séminaire. Le portier s’enquit de ma destination, chercha un taxi du regard, mais en vain ! Plus un seul véhicule de faction le long du trottoir…

Conscient de cet impair, il fila négocier avec un chauffeur qui se tenait à quelques mètres et l’affaire fut vite entendue : pour 35 $ j’allais pouvoir traverser le pont du Golden Gate et faire le tour des « painted ladies » d’Alamo Square en stretch limousine ! Ce que je fis en un temps record par cette belle matinée de printemps, à l’abri des fenêtres fumées et sur les banquettes de cuir noir des limousines les plus célèbres des Etats-Unis.

Fairmont Hotel, 5*
Nob Hill
950 Mason Street
San Francisco, California
United States, 94108


Crédit photo : Fairmont Hotel

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